Texte de réflexion du comité Réseau muséal : structure, développement et financement

4 octobre 2010 | 13 h 10

Le mandat des comités de travail consiste essentiellement à participer aux réunions, réfléchir sur les problématiques et les enjeux liés à leur thématique et contribuer à l'élaboration de recommandations pour le Grand chantier des musées en 2011. Le premier texte, émanant des travaux du comité, présente des pistes de réflexion qui serviront de base aux échanges lors des différentes séances de consultation. Nous vous invitons également à nous transmettre vos commentaires.

Pistes de réflexion

Faisant suite à la réunion du comité tenue le 27 mai 2010 à Montréal

Dans le contexte du processus de réflexion inhérent au concept même d'états généraux des musées, la question du réseau est rapidement apparue centrale. En effet, au Québec, l'évolution des musées et du réseau muséal est liée à plusieurs égards, comme en témoignent les 50 ans d'existence de la SMQ. Voici donc des constats qui réfèrent au réseau muséal québécois sous les aspects de sa structure, de son développement et de son financement. Ces constats s'accompagnent d'enjeux qui interpellent la communauté muséale et suscitent des questionnements.

I. RÉSEAU MUSÉAL : STRUCTURE ET DÉVELOPPEMENT

Constats :

Quel réseau muséal?
  • Le réseau muséal regroupe environ 425 institutions muséales et près de 40 % sont saisonnières.
  • Compte tenu de la population, il n'y a pas plus d'institutions muséales au Québec que dans l'ensemble du Canada. De plus, leur nombre est relativement stable.
  • Pour l'ensemble du Québec, on dénombre peu d'institutions intermédiaires en regard d'un grand nombre d'institutions de plus petite taille.
  • Il y a un décalage entre la notion de réseau vu par le MCCCF (191 institutions reconnues) et vu par la SMQ (300 institutions membres sur un ensemble d'environ 425).
  • En ce qui a trait à la fréquentation annuelle des institutions muséales québécoises, elle demeure élevée mais stagne depuis les 10 dernières années avec 12 M de visites en moyenne dont 1,2 M provient du milieu scolaire pour une population totale de 7,5 M. L'ensemble de l'offre culturelle s'inscrit par moments en concurrence avec celle des musées notamment lors de grands évènements et de festivals offrant une large part d'activités gratuites. Par ailleurs, ces mêmes évènements peuvent aussi servir d'élément incitatif pour stimuler la fréquentation des musées dépendamment du contexte.
  • En matière de main d'œuvre, pour l'année 2009, les institutions muséales ont compté sur 4795 années-personnes (équivalant à autant d'emplois à temps plein) et 70% des musées ont eu du personnel non rémunéré qui a fourni 441 781 heures de travail, soit l'équivalent de 242 années-personnes. On estime que la valeur économique du personnel non rémunéré serait de l'ordre de 9 M$1. De plus, ces données ne prennent pas en compte le fait qu'un grand nombre de professionnels dépassent régulièrement les heures de travail pour lesquelles ils sont rémunérés. Cet engagement constitue une forme très importante de bénévolat. Alors que les dépenses d'opération des institutions muséales s'élèvent en 2009 à 359,389 M$, leurs dépenses ont contribué pour 278 M$ à l'économie du Québec2.

Avec une masse salariale totale de 170,512 M$, les institutions muséales ont généré des revenus de 19,677 M$ aux gouvernements du Québec et du Canada3.

Reconnaissance et évaluation nationale
  • Après plusieurs années d'effort, la SMQ a obtenu du MCCCF la politique muséale québécoise Vivre autrement… la ligne du temps. Cette politique a instauré la notion de reconnaissance qui vise à stimuler l'atteinte de hauts standards de qualité par les institutions. Elle a également instauré le principe d'évaluation nationale sur une base triennale.
  • En 2001, un seul concours a permis aux musées d'obtenir la reconnaissance. Depuis, malgré les demandes répétées, le concours n'a jamais été rouvert. Un nombre de 71 institutions ont alors été reconnues. Elles se joignent ainsi à celles qui recevaient déjà du Ministère un financement récurrent. Nous avons donc un total de 191 institutions reconnues, parmi lesquelles 124 seulement reçoivent de l'aide financière au fonctionnement. À ce groupe s'ajoutent trois musées d'État et un régi par une loi particulière.
  • La dernière évaluation nationale des institutions muséales remonte à 2003-2004. Malgré les demandes répétées de réinstaurer cette pratique, le MCCCF n'a pas cru bon à ce jour de le faire, réduisant ainsi l'apport des pairs dans l'établissement d'une vision nationale du réseau.

Autres constats

  • Depuis 2008, le MCCCF a entrepris l'évaluation de son programme d'aide au fonctionnement des institutions muséales. La SMQ s'est réjouie d'une telle démarche et y a collaboré activement. Le MCCCF accuse, en mai 2010, un grand retard dans la divulgation des résultats et des suivis qu'il entend y apporter4.
  • Le travail de l'OCCQ, auquel participe activement la SMQ et d'autres partenaires, a permis de grandes avancées en ce qui a trait à la reconnaissance statistique du milieu. Les 11 cahiers L'État des lieux, du patrimoine, des institutions muséales et des archives ainsi que l'enquête de fréquentation des institutions muséales permettent d'avoir une vision beaucoup plus documentée du réseau.
  • Depuis 2005, le MCCCF a investi dans la mise en place du SSIM qui offre des services au réseau des institutions muséales reconnues. Ces services recoupent fréquemment ceux de la SMQ en matière de formation continue.
  • Au cours des dernières années, les initiatives du MCCCF en ce qui a trait à la mise en commun des services se sont faites sans concertation avec la SMQ.
  • Durant la même période, le milieu muséal a connu une diminution importante, voire la disparition, de programmes offerts par le gouvernement fédéral.
Enjeux concernant la reconnaissance

Dans la mesure où un seul concours, en 2001, a permis aux institutions éligibles de poser leur candidature pour l'obtention de la reconnaissance, on peut considérer que la situation actuelle est inéquitable envers les institutions qui devraient pouvoir accéder à une demande de reconnaissance. En outre, le statu quo est inacceptable car il freine la consolidation du réseau. En effet, la reconnaissance agit comme un gage de qualité et sert de levier pour valider auprès de partenaires potentiels la pertinence d'une institution muséale, d'autant plus qu'elle donne accès à certains programmes. Le programme de soutien aux expositions permanentes est un bon exemple des effets positifs pour une institution muséale d'être reconnue.

Dans le contexte de réouverture du processus de reconnaissance, serions-nous prêts à en revoir les critères et les principes d'évaluation?

Enjeux concernant l'évaluation nationale

Lors du dernier exercice d'évaluation tenu en 2003-2004, 191 institutions muséales ont été évaluées, soit l'ensemble des institutions reconnues, soutenues ou non au fonctionnement. Il existe un consensus à l'effet que l'exercice s'est avéré d'une lourdeur excessive. Par ailleurs, il apparaît important de maintenir la pratique d'une évaluation nationale par un comité de pairs. Si le système de reddition de comptes est efficace pour certains aspects liés au fonctionnement d'une institution, il ne peut pas se substituer à la vision plus globale d'une évaluation nationale; les deux exercices ayant ainsi leur bien-fondé.

Conséquemment devons-nous poursuivre nos démarches pour obtenir le rétablissement du processus d'évaluation nationale des institutions muséales par les pairs? Pour éviter les problèmes de surcharge de l'exercice mené en 2003-2004, serions-nous prêts à revoir les modalités et le cycle de l'évaluation? Est-ce que toutes les institutions reconnues, soutenues ou non, devraient être évaluées selon le même cycle et les mêmes exigences? La suite (PDF)

1 Suzanne Dumas et Yves Bergeron (2010). État des lieux du patrimoine, des institutions muséales et des archives Cahier 10 L'Impact économique des dépenses de fonctionnement des établissements, Québec, Institut de la statistique du Québec, Observatoire de la culture et des communications du Québec , p. 34.

2 Ibid. p. 32

3 Ibid. p. 33

4 Faisant suite aux démarches avec différents représentants du ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, la Société des musées québécois a obtenu que la Direction de la recherche et de l'évaluation de programmes présente à ses membres, le 13 octobre 2010, les résultats de l'évaluation du programme Aide au fonctionnement pour les institutions muséales reconnues.

Guylaine Simard, directrice
Musée du Fjord

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